samedi, octobre 17, 2009
Longues phrases
Timothy n'avait pas songé que ce meurtre, avec les répercussions irréversibles qu'il aurait sur sa vie, non seulement ne lui apporterait pas le soulagement qu'il avait recherché pendant ces longues années d'errance intérieure, passées devant la télé à ressasser en vain les causes de son divorce, mais lui attirerait aussi des ennuis, bien au-delà des simples tracas judiciaires. La police l'avait arrêté sur le champs-il s'était rendu sans résister-et le crime passionnel avait été retenu lors de son procès, de sorte qu'il n'avait pris que 5 ans dont trois fermes, le jury populaire, ému jusqu'aux larmes par le récit détaillé des mobiles du crime, ayant plus réprouvé la façon dont il avait tué son père, en usant d'un couteau de cuisine, que le parricide lui-même, lequel aurait même plus survenir plus tôt sans que personne n'y trouve rien à redire. Timothy était le fils d'un éleveur-agriculteur cruel et sauvage qui l'avait privé de télévision depuis son plus jeune âge, et en outre, non content de maintenir son fils à l'écart de la culture, l'avait dispensé d'école républicaine après que l'institutrice ait commis l'erreur de convoquer l'inculte patriarche à une réunion de parents d'élèves, laquelle avait virée au pugilat. Pour tout enseignement, Timothy n'avait reçu que celui de la nature- les vaches, les arbres et les musaraignes étaient ses seuls amis- et ne s'en était jamais plaint d'ailleurs, jusqu'à ce que son paternel le force, à l'âge de 15 ans, à épouser Marie, l'héritière d'un industriel du poisson, dont l'usine n'avait échappé à la faillite, lors de la crise de 2001, qu'au prix d'un changement de statut en coopérative auto-gérée par les salariés, ce qui avait achevé de tuer le beau-père, déjà bien malade du coeur. Au départ, Timothy s'en était plutôt bien sorti, travaillant aux côtés de Marie, sur la chaîne de congélation, un: soulevez le poisson, deux: ouvrez le carton, trois glissez le poisson dans le carton. La suite des événements ne le concernaient pas, c'était Marie qui prenait la relève, un: refermez la boîte, deux: décollez une étiquette, trois collez l'étiquette sur la boîte, un travail indéniablement moins pénible que celui de Timothy, qui ne nécéssitait pas d'entrer en contact avec le poisson gelé-les poissons arrivaient en effet déjà congelés à Timothy, grâce au travail de Pédro en début de chaîne, un: sortez le poisson du panier, deux : posez-le sur son lit de glace, trois: recouvrez le de glace- et cette inégalité dans la pénibilité du travail avait rapidement constitué une cause de disputes conjugales, qui survenaient systématiquement le soir, lorsqu'il lui tendait ses doigts meurtris, dans leur meublé du quartier des Lilas, pour qu'elle les réchauffe avec une bouilloire. Marie était une gentille fille, qui faisait de son mieux, mais n'était pas adroite, les étiquettes d'ailleurs n'étaient jamais collées au bon endroit, ce qui déstabilisait les clients du supermarché, et avait valu à son nom-Marie Peulier- d'être inscrit à l'ordre du jour de la réunion hebdomadaire des salariés actionnaires, à côté du mot « cas », pendant treize semaines consécutives, avant que la coopérative n'abandonne ce sujet pour débattre de l'opportunité de pêcher la morue au large des îles Jersey et Guernesey afin d'ajouter le trafic de tabac aux revenus encore trop maigres de l'entreprise, un débat qui avait fait rage lors des pauses déjeuner pendant tout l'été qui avait précédé le divorce et le licenciement de Timothy. Elle était brave, mais pas adroite et bien qu'elle s'appliquât de son mieux, elle avait tendance à trop approcher la bouilloire des mains tendues de Timothy, et parfois à l'y coller, de sorte qu'elle le brûlait, bien qu'il fut déjà glacé, alors qu'il lui avait bien expliqué qu'elle devait maintenir l'objet à une distance raisonnable de ses mains, de façon à ce que la vapeur s'en échappe par le haut, sans pour autant remonter jusqu'à son visage à lui, c'est pour ça qu'il ne se réchauffait pas les mains lui-même en les tendant au-dessus de la bouilloire lorsqu'elle était posée sur le pôele, au contraire, la scène se passait alors qu'il était allongé sur le lit et tendait ses deux bras vers la gauche au-dessus d'une bassine, contraignant ainsi Marie à se tenir à genoux et à porter la bouilloire à bout de bras, ce qui n'ajoutait pas à son adresse. Un jour, elle renversa la totalité du contenu sur les bras de son mari, et s'en fut fini de leur mariage, lui sombrant dans le chômage et l'oisiveté, mère de tous les vices, qui le conduisit tout droit au parricide, elle, s'envolant vers des cieux plus cléments au bras d'un marchant ambulant, à la barbe mal rasée, qui l'installa dans une villa près de la Rochelle, où elle fait du point de croix le soir, pendant qu'il joue aux cartes. Au delà des tracas judiciaires, les ennuis que Timothy n'avait pas anticipés, c'était que la mort de son père le laisserait héritier, non pas d'une rente, le vieil agriculteur n'ayant jamais pu tirer plus d'un smic de revenu mensuel de la vente sur les marchés de son maïs transformé en bouillie pour bébé, et de son lait de vache à demi-pasteurisé, mais héritier d'un best-seller, un manuscrit qu'il avait trouvé dans l'étable à sa sortie de prison, alors qu'il faisait le ménage dans la ferme abandonéee, et qui constituait la critique la plus virulente jamais publiée de l'économie laitière dans les pays développés (il l'avait envoyée par la poste à un éditeur espérant en tirer une petite centaine d'euros ), de sorte que Timothy, dans sa chambre dorée du Palace Georges V se trouvait maintenant harcelé par les journalistes qui voulaient faire de son histoire une monographie, un film, un hymne national, car mise au regard de la crise du pétrole au moyen-orient, elle montrait bien clairement comment la civilisation européenne avait couru à sa perte, depuis la mort d'Adam Smith, à la fin du XIXe siècle, jusqu'aux terribles événements du 11 septembre 2001. Cette notoriété subite n'était pas tenable pour cet ancien enfant habitué au calme et à la compagnie des arbres, des vaches et des musaraignes, et il décida d'en finir avec elle-la notoriété- en ouvrant une porcherie aux abords de l'Ile-et-villaine, où il polluait tant la rivière que même le maire du village ne cherchait pas à s'en faire un ami pour recueillir sa voix aux élections municipales. C'est là qu'il finit ses jours, sans descendance, mais satisfait d'avoir toujours mené sa vie selon des choix personnels, excepté son mariage à 15 ans et l'épisode de la poissonnerie, enseignant à ses porcs une façon de mourir humble et noble, que ceux-ci se transmettent encore de père en fils et de mère en fille.
Animal
Au début de l'hiver, il gravit la côte menant à son chalet en soufflant comme un buffle et frappa trois coups au fer à cheval. Il faisait un temps de chien, ses épaulettes étaient lessivées. Il se demandait ce qui lui avait pris de rugir ainsi à son encontre samedi au marché. Il faisait chaud dans la grande halle, on se serait crû dans une bétaillère, lui qui aime par dessus tout son pré carré et pêcher au grand air. Elle s'était faufilée jusqu'à lui dans la Halle, mais, bousculée par un pingouin coiffé d'une toque en fourrure, elle lui avait broyé le pied. Il avait hurlé comme un cochon qu'on égorge et bondi jusqu'à la sortie, se démenant comme un âne pour trouver son chemin parmi la meute. Maintenant, il le regrettait amèrement et se trouvait là, devant chez elle, la queue entre les jambes, à attendre qu'elle lui ouvre.
Elle avait guetté son approche le long de l'allée caillouteuse depuis la fenêtre de sa chambre au premier étage, un sourire au lèvres. Enfin, elle avait réussi à l'attirer dans sa tannière. Pas peu fière, elle pris son temps pour descendre les escaliers menant au rez-de-chassée, avançant à pas de loup pour ne pas se faire repérer. L'oreille aux aguets, collée à la porte, elle percevait le moindre frémissement de ses vêtements et l'angoisse de son visiteur que trahissait sa respiration haletante. Mûe par un désir d'action, impatiente de mettre fin à son attente, elle ouvrit brusquement la porte et se retrouva nez à nez avec lui. Elle, son oeil perçant la pénombre du soir dans un regard de défi, lui, les babines mouillées et tremblantes de froid. Il grogna quelque chose en forme d'excuse et elle le fit entrer. Elle lui ôta sa pelisse qu'elle mit à sécher près du feu et d'un mouvement de tête l'invita à prendre place au sol, sur une fausse peau d'ours, qu'elle avait ramené d'Ikéa, lors de son voyage dans le Nord. S'instaura alors entre eux un silence méfiant, comme s'ils se reniflaient pour la première fois, cherchant à évaluer à quelle espèce ils avaient à faire.
Elle brisa le silence, d'une voix de rossignol.
-« Vous vous êtes comporté comme un goujeon, samedi dernier à la foire. Vos gémissements ont fait tourner le lait de ma vache ».
-« Un goujat, rectifia-t-il. Les goujeons sont des poissons de rivière. J'en ai pêché un dimanche dernier, mais je l'ai relâché, je ne suis pas un sauvage ».
- « C'est vous qui le dites ».
- « Vous ne vendrez jamais votre vache. Elle est bonne pour l'abattoir. Je vous en donne 800, pas plus».
- « Vous êtes bien comme tous ces chacals, qui ne pensez qu'à tirer profit de mon arrivée récente sur ce territoire. Pour vous, tout ce qui compte c'est la loi du plus fort. Elle en vaut 1500. J'en ai besoin pour payer mes traites. Ça vous hérisse le poil, n'est-ce-pas, qu'une femme se targue d'être fermière?».
- « Vous vous méprenez sur mon compte. Je n'ai rien contre les brebis dans votre genre. Je vous prendrait bien dans mon bercail, si seulement vous vous montriez plus docile ».
Hâletante devant un tel outrage, elle se donna contenance en enfilant un pull chauve-souris qui abonné sur le canapé en cuir.
- « Quel genre de soumission attendez-vous de moi? », lui demanda-t-elle, craignant une ruse de vieux renard.
- « Rien qui ne soit très naturel, enchaîna-t-il. Vous montrez les crocs à chaque fois qu'on vous parle. Vous êtes comme une chatte en furie, à qui on aurait enlevé ses petits ».
- « Est-ce ma faute, si je sens sur moi un oeil de faucon à chaque fois que je traverse la place du village. Tous ces vautours n'attendent que de me voir commettre une erreur fatale, qui me forcerait à partir vers d'autres pâturages. Mais c'est ici que je veux faire mon nid».
- « Comprenez-les, ce sont des sédentaires. Ils n'ont jamais franchi les plaines ni les cols qui entourent ce hameau. Pour eux, le Kilimandjaro est le nom d'une tribu d'Afrique, et Freud une dimension dont ils n'ont pas conscience».
- « Mais vous, qui faites le paon devant ma porte, en quoi seriez-vous différent? ».
Un frisson parcouru ses muscles raides. Blessé par l'insulte, il eut un mouvement de recul et se replia sur lui-même. Instinctivement rassurée par sa réaction, elle rentra ses griffes, fit ses yeux de biche et étira lentement un bras dans sa direction, puis l'autre, frôlant de sa manche la peau d'ours Ikéa. Elle ne laissa entre ses ongles et le coude de son partenaire que l'espace d'une puce. Tout se passa en une fraction de seconde. Il saisit cet instant pour la prendre à la gorge, la plaquer sur le sol et l'enserrer avec la force d'un boa constrictor. Pour jouer, elle feignit de ne plus respirer, de sorte qu'il relacha son étreinte, mais non sans s'être assuré de tout son corps que sa proie était prisonnière. Elle s'abandonna alors, songeant au printemps prochain, qui seul pourrait mettre un terme à leur hibernage.
Elle avait guetté son approche le long de l'allée caillouteuse depuis la fenêtre de sa chambre au premier étage, un sourire au lèvres. Enfin, elle avait réussi à l'attirer dans sa tannière. Pas peu fière, elle pris son temps pour descendre les escaliers menant au rez-de-chassée, avançant à pas de loup pour ne pas se faire repérer. L'oreille aux aguets, collée à la porte, elle percevait le moindre frémissement de ses vêtements et l'angoisse de son visiteur que trahissait sa respiration haletante. Mûe par un désir d'action, impatiente de mettre fin à son attente, elle ouvrit brusquement la porte et se retrouva nez à nez avec lui. Elle, son oeil perçant la pénombre du soir dans un regard de défi, lui, les babines mouillées et tremblantes de froid. Il grogna quelque chose en forme d'excuse et elle le fit entrer. Elle lui ôta sa pelisse qu'elle mit à sécher près du feu et d'un mouvement de tête l'invita à prendre place au sol, sur une fausse peau d'ours, qu'elle avait ramené d'Ikéa, lors de son voyage dans le Nord. S'instaura alors entre eux un silence méfiant, comme s'ils se reniflaient pour la première fois, cherchant à évaluer à quelle espèce ils avaient à faire.
Elle brisa le silence, d'une voix de rossignol.
-« Vous vous êtes comporté comme un goujeon, samedi dernier à la foire. Vos gémissements ont fait tourner le lait de ma vache ».
-« Un goujat, rectifia-t-il. Les goujeons sont des poissons de rivière. J'en ai pêché un dimanche dernier, mais je l'ai relâché, je ne suis pas un sauvage ».
- « C'est vous qui le dites ».
- « Vous ne vendrez jamais votre vache. Elle est bonne pour l'abattoir. Je vous en donne 800, pas plus».
- « Vous êtes bien comme tous ces chacals, qui ne pensez qu'à tirer profit de mon arrivée récente sur ce territoire. Pour vous, tout ce qui compte c'est la loi du plus fort. Elle en vaut 1500. J'en ai besoin pour payer mes traites. Ça vous hérisse le poil, n'est-ce-pas, qu'une femme se targue d'être fermière?».
- « Vous vous méprenez sur mon compte. Je n'ai rien contre les brebis dans votre genre. Je vous prendrait bien dans mon bercail, si seulement vous vous montriez plus docile ».
Hâletante devant un tel outrage, elle se donna contenance en enfilant un pull chauve-souris qui abonné sur le canapé en cuir.
- « Quel genre de soumission attendez-vous de moi? », lui demanda-t-elle, craignant une ruse de vieux renard.
- « Rien qui ne soit très naturel, enchaîna-t-il. Vous montrez les crocs à chaque fois qu'on vous parle. Vous êtes comme une chatte en furie, à qui on aurait enlevé ses petits ».
- « Est-ce ma faute, si je sens sur moi un oeil de faucon à chaque fois que je traverse la place du village. Tous ces vautours n'attendent que de me voir commettre une erreur fatale, qui me forcerait à partir vers d'autres pâturages. Mais c'est ici que je veux faire mon nid».
- « Comprenez-les, ce sont des sédentaires. Ils n'ont jamais franchi les plaines ni les cols qui entourent ce hameau. Pour eux, le Kilimandjaro est le nom d'une tribu d'Afrique, et Freud une dimension dont ils n'ont pas conscience».
- « Mais vous, qui faites le paon devant ma porte, en quoi seriez-vous différent? ».
Un frisson parcouru ses muscles raides. Blessé par l'insulte, il eut un mouvement de recul et se replia sur lui-même. Instinctivement rassurée par sa réaction, elle rentra ses griffes, fit ses yeux de biche et étira lentement un bras dans sa direction, puis l'autre, frôlant de sa manche la peau d'ours Ikéa. Elle ne laissa entre ses ongles et le coude de son partenaire que l'espace d'une puce. Tout se passa en une fraction de seconde. Il saisit cet instant pour la prendre à la gorge, la plaquer sur le sol et l'enserrer avec la force d'un boa constrictor. Pour jouer, elle feignit de ne plus respirer, de sorte qu'il relacha son étreinte, mais non sans s'être assuré de tout son corps que sa proie était prisonnière. Elle s'abandonna alors, songeant au printemps prochain, qui seul pourrait mettre un terme à leur hibernage.
dimanche, juin 07, 2009
samedi, juin 06, 2009
mardi, décembre 09, 2008
Citation
"Autrefois j'étais indécis, mais à présent je n'en suis plus si sûr".
De Boscoe Pertwee, cité Richard Gregory, cité par Umberto Eco.
dimanche, décembre 07, 2008
Sara la Kali
Excursion en Camargue aujourd'hui. J'ai visité Saintes Maries de la Mer, ce lieu mythique de pélerinage gitan. Les Saintes Maries sont Salomé, soeur de la Vierge, et Jacobé, mère de Jacques et Jean, qui furent re-nommées avec le temps Marie-Salomé et Marie-Jacobé. Selon la légende, elles s'enfuirent de Palestine après "l'ascension" du Christ, en compagnie de nombreux disciples, dont Lazare, Marthe et Marie-Madeleine. Leur embarcation s'echoua sur cette plage. Les deux Saintes y demeurèrent en compagnie de leur servante Sara, tandis que Lazare s'établit à Marseille et Marthe à Tarascon.
Dans la crypte de l'église des Saintes-Maries, Sara est représentée sous les traits d'une vierge noire d'un mètre soixante, vêtue d'une robe gitane jaune à volants et froufrous. Les robes s'accumulent sur son corps-elle en serait à cinquante-si bien qu'elle parait obèse sous son frêle visage. Derrière cette poupée de plâtre, un reliquaire contient ses ossements supposés.
Qu'elles soient sculptées dans le bois, ou en peinture dans les magnifiques ex-votos du XIXe siècle exposés dans l'église, les deux Maries sont toujours représentées dans une barque. Deux fois par an le 25 mai et le 22 octobre leurs effigies, debout dans une barque, sont livrées à la mer. Dans Le temps des Gitans d'Emir Kusturica, on voit une procession gitane avec une barque.
Les gitans de Camargue vénèrent Sara la noire, Sara la Kali, comme ils disent.
L'église de Saintes-Maries de la Mer expose également une reproduction du linceul de Turin. Sur ce drap mortuaire qui pourrait dater du 13e siècle, ou avant, sont imprimés les traits photographiques d'un crucifié, visage et corps, mains croisées sur le ventre.
La Camargue est déserte en hiver, mais non moins belle. Les flamands roses sont paisibles dans leurs vastes étangs et s'envolent à l'approche des randonneurs. Les chevaux blancs aux crinières sales s'ebrouent dans leurs enclos. Les pêcheurs ne font pas sembler de pêcher, avec leurs bottes bleues et leurs bretelles. Et le soleil se couche brusquement, non sans laisser sa majestueuse signature rose dans les nuages.
Dans la crypte de l'église des Saintes-Maries, Sara est représentée sous les traits d'une vierge noire d'un mètre soixante, vêtue d'une robe gitane jaune à volants et froufrous. Les robes s'accumulent sur son corps-elle en serait à cinquante-si bien qu'elle parait obèse sous son frêle visage. Derrière cette poupée de plâtre, un reliquaire contient ses ossements supposés.
Qu'elles soient sculptées dans le bois, ou en peinture dans les magnifiques ex-votos du XIXe siècle exposés dans l'église, les deux Maries sont toujours représentées dans une barque. Deux fois par an le 25 mai et le 22 octobre leurs effigies, debout dans une barque, sont livrées à la mer. Dans Le temps des Gitans d'Emir Kusturica, on voit une procession gitane avec une barque.
Les gitans de Camargue vénèrent Sara la noire, Sara la Kali, comme ils disent.
L'église de Saintes-Maries de la Mer expose également une reproduction du linceul de Turin. Sur ce drap mortuaire qui pourrait dater du 13e siècle, ou avant, sont imprimés les traits photographiques d'un crucifié, visage et corps, mains croisées sur le ventre.
La Camargue est déserte en hiver, mais non moins belle. Les flamands roses sont paisibles dans leurs vastes étangs et s'envolent à l'approche des randonneurs. Les chevaux blancs aux crinières sales s'ebrouent dans leurs enclos. Les pêcheurs ne font pas sembler de pêcher, avec leurs bottes bleues et leurs bretelles. Et le soleil se couche brusquement, non sans laisser sa majestueuse signature rose dans les nuages.
mardi, septembre 09, 2008
Boson de Higgs
Si vous lisez ceci mercredi soir, c'est que la terre n'est pas dans un trou noir.
Je dis ça parce que vers 20h00, j'ai lu dans le monde que demain, le 10 septembre, des scientifiques allaient mener une expérience de folie en Suisse, pour détraquer complètement la matière, exploser des particules, afin de trouver la non matière. Ils veulent voir avec leurs yeux le boson de Higgs. C'est un postulat (postulé par Higgs) qu'il existe un truc dans la matière, le boson. Ce postulat existe depuis 40 ans.
Je cite: "Ils rêvent, en particulier, de découvrir la nature de la matière noire et de l'énergie sombre, qui constitue 96% de l'Univers, la matière visible n'en représentant que 4%. De percer le secret de l'antimatière (...) et surtout de mettre la main sur le boson de Higgs, parfois surnommé la particule divine, qui donnerait leur masse aux choses, mais que personne n'a observé".
Or ils se sont sérieusement demandé si leur expérience ne risquait pas d'entraîner totalement la terre dans un trou noir et de la faire disparaître. Quand tu vois la description de l'expérience, tu te poses effectivement la question de ce risque. Ils ont fait deux études, notamment en raison de plaintes de deux personnes, un Américain et un Espagnol, qui étaient contre cette expérience. Finalement, ces deux études ont conclu que la terre ne serait pas engloutie dans un trou noir. (plus d'explication dans l'encadré du Monde intitulé " la chasse aux particules n'est pas la fin du monde" et qui commence ainsi: "L'accélérateur géant du CERN (LHC) ne risque-t-il pas de perturber la matière au point d'engloutir la terre dans un trou noir?"
Au point où on est... ça fera toujours Sarkozy dans un trou noir.
Vérification demain.
Je dis ça parce que vers 20h00, j'ai lu dans le monde que demain, le 10 septembre, des scientifiques allaient mener une expérience de folie en Suisse, pour détraquer complètement la matière, exploser des particules, afin de trouver la non matière. Ils veulent voir avec leurs yeux le boson de Higgs. C'est un postulat (postulé par Higgs) qu'il existe un truc dans la matière, le boson. Ce postulat existe depuis 40 ans.
Je cite: "Ils rêvent, en particulier, de découvrir la nature de la matière noire et de l'énergie sombre, qui constitue 96% de l'Univers, la matière visible n'en représentant que 4%. De percer le secret de l'antimatière (...) et surtout de mettre la main sur le boson de Higgs, parfois surnommé la particule divine, qui donnerait leur masse aux choses, mais que personne n'a observé".
Or ils se sont sérieusement demandé si leur expérience ne risquait pas d'entraîner totalement la terre dans un trou noir et de la faire disparaître. Quand tu vois la description de l'expérience, tu te poses effectivement la question de ce risque. Ils ont fait deux études, notamment en raison de plaintes de deux personnes, un Américain et un Espagnol, qui étaient contre cette expérience. Finalement, ces deux études ont conclu que la terre ne serait pas engloutie dans un trou noir. (plus d'explication dans l'encadré du Monde intitulé " la chasse aux particules n'est pas la fin du monde" et qui commence ainsi: "L'accélérateur géant du CERN (LHC) ne risque-t-il pas de perturber la matière au point d'engloutir la terre dans un trou noir?"
Au point où on est... ça fera toujours Sarkozy dans un trou noir.
Vérification demain.
dimanche, février 10, 2008
Musset revisité
Alfred de Musset, les Caprices de Marianne:
« Figure-toi un danseur de corde, en brodequins d'argent, le balancier au poing, suspendu entre le ciel et la terre; à droite et à gauche, de vieilles petites figures racornies, de maigres et pâles fantômes, des créanciers agiles, des parents et des courtisans, toute une légion de monstres, se suspendent à son manteau et le tiraillent de tous côtés pour lui faire perdre l'équilibre; des phrases redondantes, de grands mots enchâssés cavalcadent autour de lui ».
Revisité:
Un danseur sans argent fait des figures agiles pour la légion. Son maigre manteau est à terre. Il cavalcade, enchâssé dans ses brodequins. Il pâlit, racorni par un fantôme redondant. Son côté droit le tiraille. En un mot: il a perdu une vieille parente, suspendue à une corde par des monstres. Pour toute phrase, il balance son poing gauche vers le ciel. Ce qui le rééquilibre: une petite courtisane est sa créancière.
« Figure-toi un danseur de corde, en brodequins d'argent, le balancier au poing, suspendu entre le ciel et la terre; à droite et à gauche, de vieilles petites figures racornies, de maigres et pâles fantômes, des créanciers agiles, des parents et des courtisans, toute une légion de monstres, se suspendent à son manteau et le tiraillent de tous côtés pour lui faire perdre l'équilibre; des phrases redondantes, de grands mots enchâssés cavalcadent autour de lui ».
Revisité:
Un danseur sans argent fait des figures agiles pour la légion. Son maigre manteau est à terre. Il cavalcade, enchâssé dans ses brodequins. Il pâlit, racorni par un fantôme redondant. Son côté droit le tiraille. En un mot: il a perdu une vieille parente, suspendue à une corde par des monstres. Pour toute phrase, il balance son poing gauche vers le ciel. Ce qui le rééquilibre: une petite courtisane est sa créancière.
Le japonais
C'est férié. La douleur est casanière et se métamorphose en ciment. Une lumière minérale fait apparaître de magnifiques vitraux, calligraphiés sur une planche, dans le château. Un japonais vieillissant essaye un tango silencieux avec son épouse. Sur un sentier du jardin, les amoureux découvrent des tomates gourmandes et extirpent des myrtilles. Pour eux qui sont d'une génération inconditionnelle, l'aventure c'est voler sans parachute, sans restriction, contrairement à la tradition. Ils sont remplis d'adrénaline en haut de l'escalier de la maison. Ils décollent avec un tissu luxueux en cuir et une éolienne, et dépassent la bétaillère. La jument, peu inspirée, les suppose basiques.
Il fallait caser ces cinquantes mots
Il fallait caser ces cinquantes mots
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